PARCOURS DE VIE

 

Avec Ré-Clé-Ré, les Clés des Savoirs Citoyens vous ouvrent des portes et des horizons

Parcours 1 : Françoise a un secret

Françoise habite au Bois-Plage. Elle mène avec son mari Joël une petite vie tranquille. A bientôt 60 ans, elle attend une retraite bien méritée, comme on dit. Son travail à mi-temps permet de compléter le salaire d’ouvrier de Joël et, s’ils ne sont pas riches, ils ne manquent de rien. Françoise a un secret. Un secret enfoui, douloureux, inavouable, qu’elle partage avec son mari seulement. Ses enfants ne le connaissent pas, pas plus que ses amies, ses collègues, ses voisines.

Un jour de pluie, sa fille lui demande d’aller chercher Zoé, une de ses petites filles âgée de 8 ans, à la sortie de l’école. Après un bon goûter, la fillette sort un cahier de son cartable et demande à sa grand-mère de l’aider à apprendre un poème qu’elle doit savoir par cœur pour le lendemain. Françoise se raidit, balbutie quelques mots inaudibles, et finit par dire qu’elle a égaré ses lunettes. Zoé, qui est gentille et serviable, et qui veut apprendre son poème, se fait fort de dénicher les lunettes, posées comme d’habitude sur le buffet de la cuisine. La grand-mère pose les lunettes sur son nez, pousse un profond soupir, et attend avec anxiété. La petite ouvre le cahier à la bonne page et récite sans encombre la première strophe, qu’elle avait déjà apprise la semaine précédente. Mais elle butte sur le vers suivant, lève les yeux au plafond pour chercher la suite qu’elle avait lue la veille, mais rien ne vient. Elle demande à sa grand-mère de lui dire la suite, au moins les premiers mots, le reste viendrait tout seul. Françoise fixe la feuille, rajuste ses lunettes, et se tient coite. « Et bien, Mamie ? ». Rien ! En même temps que la grand-mère se décompose, l’air désespéré, les larmes aux yeux, son regard allant de sa petite fille au cahier, Zoé, incrédule et lucide, dans la candeur de ses 8 ans, chuchote : « Mamie, tu ne sais pas lire ? ». Le cœur de Françoise est transpercé, son monde s’écroule. Son secret si bien caché, qui ne l’a pas empêchée de réussir sa vie, certes modestement, est découvert par une gamine, sa petite Zoé. Avoir su malgré tout mener son ménage, garder son emploi, donner le change en toute occasion, tout cela pour avouer à sa petite fille, à 60 ans, qu’on ne sait pas lire !  Pas écrire non plus, bien sûr. Compter, ça oui, un peu, juste ce qu’il faut pour faire les courses à l’épicerie du village.

Pourtant, Françoise se souvient de l’école, qu’elle a fréquentée jusqu’à 14 ans. Les cours de français, de calcul, de sciences, étaient pour elle une longue agonie. Elle préférait le chant, le dessin, même la gymnastique. Elle aurait dû être artiste, voilà. Mais allez donc chercher un travail et un mari avec ça. C’est si loin cette époque ! Et comme, une fois sortie de l’école, elle a vite trouvé un homme et un patron qui lui ont apporté amour, confiance et sécurité, elle s’est détournée de ces savoirs-là, dont elle pensait pouvoir se passer. Petit à petit, presque à son insu, elle a perdu le fil, le peu de connaissances acquises à grand peine pendant ses huit années d’école. Mais elle savait au fond d’elle-même qu’il y avait un grand vide, comme une part de son être qui lui manquait. A la place, un secret enfoui, douloureux, inavouable.

Elle a pris une décision : elle va apprendre à lire et à écrire. Pour être plus autonome, plus libre. Mais d’abord, retrouver sa fierté. Être « comme les autres ». Elle sait qu’elle peut le faire, « tout le monde sait faire ça », pense-t-elle. Ce qu’elle n’imagine pas, c’est qu’il y a en France presque trois millions d’illettrés qui comme elles ont appris, et ne savent plus. Mais comment s’y prendre ? Qui aller voir ? Son mari veut l’aider, mais il ignore lui aussi quels chemins prendre, quelles portes pousser, à quels guichets s’adresser. Qui va pouvoir la guider, la conseiller ? Ses amies, son employeur, ses enfants ?

Pourtant, il y a autour d’elle de nombreuses personnes qui pourraient l’aider à faire le premier pas, à lui faire franchir ce seuil si difficile vers les apprentissages. L’ignorance et l’indifférence sont des écueils redoutables. Nous devons tous aider les « Françoise » à trouver le bon chemin, à frapper à la bonne porte, pour donner un nouveau sens à leur vie.

Parcours 2 : Gabriel ne connaît rien à internet

Gabriel a 44 ans et habite à La Flotte. Il vient d’être licencié après plus de 20 ans chez le même employeur. Son patron, malade, n’a pas pu sauver son entreprise . Gabriel n’a jamais « pointé » au chômage, il s’est toujours débrouillé quand il était plus jeune, avant de trouver cet emploi à deux pas de chez lui, où il a acquis une solide expérience. Ses premières démarches pour retrouver du travail n’ont pas été fructueuses. A son âge, même s’il se sent encore jeune, avec une expérience certaine mais peu diversifiée, il se rend bien compte que ce mauvais passage pourrait être plus long que ce qu’il pensait.

Pôle Emploi l’a accueilli et lui a expliqué toutes les démarches à effectuer pour toucher les indemnités de chômage et avoir un suivi personnalisé par un conseiller. Quand il a lu les documents qu’on lui a remis, il a pris peur, vraiment. Informatique, internet, SMS…c’est de l’hébreu pour lui. Il n’a pas d’ordinateur, pas de téléphone portable. Son métier, exclusivement manuel, sa proximité avec l’entreprise qui l’employait, ses amis, des gens comme lui, l’ont fait se dispenser de tous ces moyens modernes de communication. Mais voilà : ils sont devenus incontournables dans la vie moderne, le monde du travail.

Ne sachant vers qui se tourner pour trouver de l’aide, Gabriel a alors pris rendez-vous avec une assistante sociale, 5 rue de la Blanche au Bois-Plage. Quelle bonne idée ! Après avoir écouté ses doléances et compris ses inquiétudes, son interlocutrice l’a amené au 1er étage de l’immeuble, dans les locaux de Ré-Clé-Ré. Aussitôt, il s’est inscrit à la formation bureautique et informatique, deux fois par semaine. Non seulement il va trouver de l’assistance pour réaliser son inscription à Pôle Emploi, mais il pourra découvrir les mystères du câble et bientôt, qui sait, « surfer » sur internet !

Parcours 3 : Annabelle veut perfectionner son anglais.

Annabelle habite à Ars-en-Ré. Elle est inscrite à Pôle Emploi et recherche un job dans l’accueil, la réception. Mais, à 26 ans, sans beaucoup de diplômes, elle n’arrive pas à trouver un emploi stable. Pourtant, elle est volontaire, elle a envie de se faire une place dans la vie. Elle veut travailler, juste de quoi vivre décemment et, plus tard, fonder une famille.

Depuis deux étés, elle occupe un poste de réceptionniste dans un camping du village. Sa gentillesse naturelle et sa connaissance de l’île la font apprécier des clients et de ses collègues. Son patron aussi est satisfait de son travail. Mais il lui a dit, lorsque le camping a fermé ses portes mi-octobre, qu’il ne la reprendrait que si elle avait bien progressé en anglais, langue qui représente le passe-partout en matière d’échanges, qu’on le veuille ou non. Et son anglais à elle remonte à la classe de 3 ème , il y a plus de 10 ans !

Par chance, si l’on peut dire, une de ses amies a eu le même problème. Elle travaille dans un office de tourisme de l’île et son anglais défaillant la mettait mal à l’aise à chaque fois qu’un étranger franchissait la porte. Elle a conseillé à Annabelle de s’adresser à Ré-Clé-Ré, au Bois-Plage, qui l’avait accueillie l’an passé. L’association dispense deux fois par an, pendant deux mois, des cours de mise ou remise à niveau, pour débutants ou initiés. L’apprentissage est vraiment orienté vers la conversation courante, la communication professionnelle, notamment dans le domaine du commerce et du tourisme. C’est ainsi qu’Annabelle va s’inscrire à la prochaine session qui démarre mi-janvier 2017. « Welcome ! »

Parcours 4 : Etienne veut apprendre à sauver des vies

Etienne habite encore chez ses parents, à Loix. A tout juste 20 ans, il vient de décrocher son premier boulot, dans une entreprise de la zone artisanale du village. Depuis maintenant six mois, il apprend son métier, entouré de ses trois collègues. Il a un bon petit bagage, comme on dit, tant dans les compétences professionnelles que les connaissances générales, acquises les unes et les autres à l’école et dans les stages qu’il a suivis.

Le travail n’est pas difficile, il demande juste attention et minutie. Les produits employés peuvent être dangereux, les outils sont lourds, les machines tranchantes. Un accident est si vite arrivé ! Et s’il arrivait, justement, l’accident. Etienne, en regardant ses collègues manipuler produits, outils et machines, se demandait souvent ce qu’il ferait si par malheur l’un ou l’autre, ou lui-même, faisait une fausse manœuvre, un mouvement maladroit. Il n’avait pas de réponse, il n’avait jamais été « en situation ». Son jeune âge, son expérience limitée dans la vie comme dans le travail, ne lui avaient pas donné l’occasion de faire « le geste qui sauve », que du reste il ne connaissait pas. Et il se mit à penser aux événements qui pouvaient subvenir dans la vie courante, à la maison, sur la route. Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups : il rêvait depuis longtemps d’intégrer le corps des sapeurs pompiers du canton, et pas seulement pour l’uniforme ! Les compétences qu’il se promettait d’acquérir lui donneraient incontestablement un atout.

Il s’en inquiéta auprès de son employeur. Celui-ci fut vite convaincu de l’intérêt qu’il aurait à avoir dans son entreprise un jeune homme aussi soucieux de sécurité et d’attention à autrui. Il connaissait Ré-Clé-Ré grâce à un flyer qu’il avait vu à la mairie, où il se rendait souvent. Les actions de formation organisée par cette association rétaise dans le cadre du travail en entreprise l’avaient intéressé. Il pensa que cette information pourrait servir, il ne croyait pas que ça viendrait si vite. Avec son aide, Etienne s’inscrivit à une session « Premiers gestes professionnels », où il se passionna pour les garrots, les massages cardiaques, la manipulation des extincteurs et autres « gestes qui sauvent ». Ça aussi, ça pouvait toujours servir !

NB : les noms, les activités, les parcours de vie, sont purement fictifs, mais inspirés par des situations bien réelles. Bien réelles aussi les missions de formation et d’accompagnement de Ré-Clé-Ré mentionnées dans ces histoires.